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Premier post : Matin calme à Coal Harbour

Mis à jour : il y a 4 heures

Commençons avec une photo :

Un petit voilier sur un bras de mer à Coal Harbour, donc, près de Port Hardy (Colombie britannique), il y a quelques années, alors que j’étais en vadrouille curieuse, au Nord de l’île de Vancouver.

La brume avait totalement occulté les montagnes autour. Le soleil menaçait à nouveau de se lever pour gâcher cette magnifique indécision picturale. Je m’empressais donc de shooter autant que je pouvais, depuis la rive du BnB où je séjournais (dolphin house, que je vous recommande, en passant).

Je n’avais pas le bon appareil, ni le bon objectif, mais je profitais de l’atmosphère "lynchienne" parfaite, que l’on rencontre souvent dans cette région. Un de ces précieux moments de la vie, les yeux et les poumons grand ouverts... je restais quand même à l’affût du moindre mouvement suspect sur la rive. Car cette heure fascinante qui dessine les premières silhouettes en défiant notre perception, c’est aussi l’heure que choisissent les ours pour rôder, à la recherche de leur pitance quotidienne.

D’une démarche nonchalante trompeuse, ils flairent les buissons au bord des routes ou les rives des lacs, des rivières et des criques, à l’affut de la nourriture providentielle. Idéalement un saumon ou un animal imprudent et plus rarement un randonneur malchanceux, ou encore un imbécile qui s'est aventuré un peu trop près... Peu d'ours sont prédateur de l'homme (dans la liste des prédateurs de l'homme l'ours est bon dernier, le premier étant... tin tin tin... le moustique ! Et oui ! la honte), mais ça arrive quand même qu'un ours attaque pour se nourrir et là, c'est pas choucard, comme dirait Arthur.

Donc, quand je voyageais dans l'Ouest canadien, je passais le plus clair de mon temps à éviter toute confrontation avec nos amis ursidés, et, pas plus ce matin-là qu'un autre, je ne souhaitais devenir la petite figurine désarticulé offerte avec leur paquet petit déjeuner

"Salut les oursons ! Aujourd'hui, pour une clairière à bleuet trouvé, un randonneur tout équipé offert !"... hum ! Ok ! Je m'égare.

Le point jaune montre l'endroit de la photo

Revenons à notre matin photo...

Une fois les points de vues épuisés et le soleil levé, je remontais donc dans la grande maison de cèdre, dominant la longue baie, finir mon petit déjeuner, face au paysage parfait, sous les vrombissements réguliers des bateaux de pêcheurs et des hydravions.


Il y a des instants comme ça, justifiant presque à eux seuls le voyage, motivant d'autres envies de connexion avec les montage et les eaux, les arbres, les plaines et même les gens... toute autre entité que soi, en fait.

Et si je n'avais pas pris cette photo, me serais-je souvenu, dix ans après, de ce moment aussi précisément, que je peux presque en sentir la fraicheur humide sur mon visage et mes mains ? Ces bois morts, sur la rive, sombres, inquiétants. Ce ponton qui tranchait la brume au loin. Ce sentiment de mélancolie légitime dans laquelle on a envie de se lover éternellement... Probablement pas. Les photos semblent ancrer nos souvenirs et en faire ressurgir des détails qui n'apparaissent même pas sur le cliché. La photographie, ce n'est pas seulement regarder. C'est une petite trappe qui donne dans nos greniers émotionnels. On peut y voir ce que la faible lueur de notre subjectivité nous laisse voir.

Car on ne se souvient pas, on réécrit la mémoire, disait Chris Marker.


Voilà pour mon premier post. Je reviendrai ici dès que le temps me le permettra.

Avant de revenir en pays "Nostalgia", je vais tenter d'écrire sur le présent, un peu chaque jour lors d'une traversée prévue début octobre 2020, qui devrait me faire relier Ponta Delgada (Açores) à Porto Santo (Madère) en voiler.







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